Les Rougon-Macquart – Une Œuvre Titanesque

La liste complète des vingt volumes. Classification par chronologie. De 1871 à 1893. Rougon-Macquart, ou Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire. Des romans qui s’échelonnent de La Fortune des Rougon (1871) au Docteur Pascal (1893). Le projet remonte à 1868, alors qu’Émile Zola (1840-1902) est plongé dans l’œuvre de Taine et La Comédie humaine de Balzac.
 

1.

La Fortune des Rougon

La fortune des RougonChez Amazon
 Tome 1 – Paru en 1871
 

Résumé court

 
Dans la ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d’État, d’où naîtra le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d’amour, comme le soulèvement des républicains, traverse le roman. Au-delà d’eux, c’est aussi la naissance d’une famille qui se trouve évoquée : les Rougon, et les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte va rapidement s’éveiller. La Fortune des Rougon est bien le roman des origines de la saga. Au moment où s’installe le régime impérial que l’écrivain décrit, c’est ici que commence la patiente conquête du pouvoir et de l’argent. Une lente ascension familiale qui doit faire oublier la misère et le crime.

2.

La Curée

La curéeChez Amazon
 Tome 2 – Paru en 1871
 

Résumé court

 
Le personnage principal est Aristide Rougon. Il va faire fortune en spéculant sur les futurs terrains à bâtir à l’époque des grands travaux menés à Paris par le baron Haussmann. Ayant pris le nom d’Aristide Saccard, il peut participer à la curée : le dépeçage de Paris par les spéculateurs. Il accumule rapidement une fortune en achetant à bas prix des immeubles, dont il sait qu’ils seront bientôt rachetés à prix d’or par la ville (Paris souhaite les détruire afin de construire les futurs grands boulevards de la capitale). Aristide a un train de vie faramineux et ne refuse aucune dépense pour ses proches. Ayant besoin de toujours plus d’argent (il accumule les échecs spéculatifs), il escroque sans aucun scrupule sa propre femme Renée, qui possède un important capital immobilier.

3.

Le Ventre de Paris

Le ventre de ParisChez Amazon
 Tome 3 – Paru en 1873
 

Résumé court

 
L’histoire se passe aux Halles centrales de Paris. Le personnage principal est Florent, le demi-frère de Quenu. Arrêté par erreur à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851, il a été déporté au bagne de Cayenne en Guyane. Il réussit à s’évader et se rend à Paris en 1858. Il devient inspecteur au pavillon de la marée, à l’intérieur des halles. On y rencontre des personnages variés. Zola développe le thème de la rivalité entre « gras » et « maigres » tout au long du roman. La belle Normande, une grasse, entend se servir de Florent, un maigre, pour monter Lisa, grasse également, contre lui. Après un vif différend qui les a opposés à cause de la fraîcheur douteuse d’un de ses poissons, la belle Normande acquiert la sympathie de Florent par l’intermédiaire de Muche. Muche est son jeune fils, pour qui il devient une sorte de précepteur. Elle voit même en lui un mari potentiel, car héritier, ainsi que son frère le charcutier, de leur oncle Gradelle. Quant à Florent, d’un côté il reverse tout son salaire à l’inspecteur en titre, malade, qu’il remplace, et de l’autre il se mêle de politique. Il participe à des réunions révolutionnaires dans la boutique de Monsieur Lebigre, marchand de vin. Il manigance, en prenant des notes et en essayant de rassembler des partisans, une action violente contre le régime impérial en place. Lisa prend peur, la situation lui déplaît et elle se méfie de ce beau-frère trop maigre qu’elle n’aime pas.
 

La ragoteuse

La vieille mademoiselle Saget, quant à elle, participe activement à tous les ragots. Elle fait passer à tort Florent pour un coureur de jupons, puis, parvenant à percer le secret du jeune homme en faisant parler la fille des Quenu, elle va le rapporter à deux autres femmes qui, promettant de garder le secret, se chargeront de répandre la nouvelle dans toutes les halles.
Par ailleurs mal vu en raison de son métier d’inspecteur, Florent est dénoncé comme conspirateur par sa belle-sœur et arrêté par la police.


4.

La Conquête de Plassans

La Conquête de PlassansChez Amazon
 Tome 4 – Paru en 1874
 

Résumé court

 
L’action se situe à Plassans, le berceau des Rougon-Macquart, petite ville que Zola a imaginée en s’inspirant d’Aix-en-Provence. La ville, qui avait été acquise à Napoléon III grâce aux intrigues de la famille Rougon (La Fortune des Rougon), est passée aux légitimistes. Un prêtre bonapartiste originaire du diocèse de Besançon, l’abbé Faujas, y est envoyé par le pouvoir pour la reconquérir. À son arrivée, il est logé chez François Mouret, un commerçant retraité. Celui-ci, son épouse Marthe, leurs trois enfants et leur bonne vivaient seuls jusqu’alors dans la maison. Marthe et son mari sont cousins : elle est la fille de Pierre et Félicité Rougon ; il est le fils d’Ursule Macquart et du chapelier Mouret. Elle a trente-sept ans, lui quarante. François est assez maniaque, ce que supporte difficilement son entourage ; il occupe une place assez modeste à Plassans, plus spectateur qu’acteur de la vie publique.
 

L’abbé Faujas

Avec l’arrivée de l’abbé Faujas, de sa mère puis du couple Trouche, la vie des Mouret se trouve bouleversée : ils se séparent de leurs enfants (l’aîné, Octave, à Marseille, le second, Serge, au séminaire, la benjamine, Désirée, simple d’esprit, chez sa nourrice). L’abbé fait du jardin un lieu où les notables légitimistes et bonapartistes peuvent se rencontrer en terrain neutre. Petit à petit, conseillé par Félicité Rougon, l’abbé Faujas parvient à manipuler tout Plassans, par l’intermédiaire des femmes, et à faire élire à la Chambre un candidat favorable au pouvoir. Mouret, bourgeois retiré des affaires, qui ne recherche que sa tranquillité, se met progressivement à l’écart. Exclu des intrigues qui se trament autour de lui, naïf qui gêne, il finit par être enfermé comme fou à l’asile des Tulettes, où se trouve déjà sa grand-mère Adélaïde Fouque. Là, il devient réellement fou et, un soir où on l’a laissé s’échapper, sans doute à l’initiative d’Antoine Macquart (pour se venger des Rougon) et de l’abbé Fénil (rival de l’abbé Faujas à l’évêché), il rentre à Plassans et met le feu à sa maison. Il meurt dans l’incendie, de même que Faujas, sa mère et les Trouche. Quant à Marthe, elle meurt le même soir chez sa mère, des suites d’une phtisie dont elle souffrait depuis des années.


5.

La Faute de l’Abbé Mouret

La Faute de l'Abbé MouretChez Amazon
 Tome 5 – Paru en 1875
 

Résumé court

 
Un roman qui traite du catholicisme. Le héros, Serge Mouret, est le fils de François et de Marthe Mouret. Ordonné prêtre à l’âge de vingt-cinq ans, il choisit d’exercer son ministère dans le village des Artaud. Il sent monter en lui l’appel des sens, appel refoulé jusque-là par son éducation et sa formation au séminaire. Cet élan est attisé au contact des paysans, et de leurs filles aux mœurs assez libres. Cette force se transforme en amour mystique pour la Vierge Marie, accompagnée d’extases et de mortifications qui finissent par le rendre gravement malade. Sur le point de mourir, il est confié à un athée nommé Jeanbernat et à sa nièce Albine, qui vivent dans une propriété à l’abandon appelée Le Paradou.
Au Paradou, Albine va réapprendre la vie à l’abbé Mouret. Dans ce paradis terrestre à la végétation luxuriante, ils vivent comme Adam et Ève et découvrent peu à peu l’amour, … qui deviendra charnel. Serge a trouvé son équilibre, mais il sera chassé par le frère Archangias qui lui rappelle ses devoirs de prêtre et le force à quitter Albine. L’abbé Mouret regagne sa paroisse, et tout désir s’éteint alors en lui. Albine se suicide lorsqu’elle voit que plus rien ne peut ramener son amant.

6.

Son Excellence Eugène Rougon

Son Excellence Eugène RougonChez Amazon
 Tome 6 – Paru en 1876
 

Résumé court

 
L’action débute sur une séance à la chambre des députés. Chacun est venu comme au théâtre. Les propos relèvent du commérage plutôt que du débat, … la chambre est soumise à l’Empereur. Lorsque Eugène Rougon, tombé en défaveur, démissionne de la présidence du Conseil d’État, on assiste à tout le travail d’influence auquel se livre son entourage pour le ramener au pouvoir. Chacun espère servir plus tard son intérêt propre. La relation d’Eugène Rougon avec Clorinde Balbi, belle Italienne excentrique et aventurière, est ambiguë. Il aurait pu l’épouser mais par peur des femmes, il préfère la marier à Delestang, un haut fonctionnaire. Elle le sert pourtant et travaille à son retour en grâce auprès de l’Empereur. Grande manipulatrice, allant jusqu’à se compromettre avec de Marsy, le rival politique de Rougon, c’est elle qui dirige la bande pour le ramener au pouvoir. Informé en secret de la préparation de l’attentat d’Orsini du 14 janvier 1858 contre Napoléon III, Rougon ne révèle rien et laisse le drame se produire.
 

Napoléon III

Le climat d’insécurité lui profite, l’Empereur le rappelle et lui confie le ministère de l’Intérieur avec ordre de faire régner la peur sur le pays. C’est l’apogée de sa carrière. Le temps est à traquer et faire déporter les républicains. Le cynisme et la cruauté atteignent leur sommet avec l’arrestation à Niort du notaire Martineau, pourtant mourant.
Sentant que l’excès de pouvoir nuit à Rougon et aussi parce que chacun a obtenu ce qu’il souhaitait, son entourage prend alors ses distances vis-à-vis de lui. Clorinde, devenue maîtresse de l’Empereur, provoque sa chute, se vengeant enfin de l’homme qui n’a pas voulu d’elle comme épouse.
Trois ans plus tard, en 1861, Rougon revient au gouvernement comme ministre sans portefeuille. L’acharné partisan d’un Empire autoritaire s’est transformé en défenseur de la politique libérale que promeut Napoléon III. Adaptant son opinion aux circonstances, il revient avec succès dans les sphères du pouvoir.


7.

L’Assommoir

L'AssommoirChez Amazon
 Tome 7 – Paru en 1876
 

Résumé court

 
Gervaise Macquart, une Provençale originaire de Plassans, boiteuse mais jolie, a suivi son amant, Auguste Lantier, à Paris, avec leurs deux enfants, Claude et Étienne Lantier. Lantier, paresseux et infidèle, ne supporte pas de vivre dans la misèr. Il quitte Gervaise et ses enfants pour s’enfuir avec Adèle. Gervaise, travailleuse, reprend alors le métier de blanchisseuse. Elle accepte d’épouser Coupeau, un ouvrier-zingueur auquel elle a fini par céder. Le bon cœur et la faiblesse sont des traits forts du caractère de Gervaise. Ils auront une fille, Anna Coupeau, dite Nana, héroïne d’un autre roman de la série des Rougon-Macquart. Gervaise et Coupeau travaillent dur. La blanchisseuse rêve d’ouvrir sa propre boutique mais un accident la contraint à différer son projet : Coupeau tombe d’un toit sur lequel il travaillait. Quitte à y consacrer toutes les économies du ménage, Gervaise décide de soigner son mari à la maison plutôt que de le laisser partir à l’hôpital qui a mauvaise réputation.
La convalescence de Coupeau est longue. Il garde une rancœur envers le travail. Par dépit il prend l’habitude de ne rien faire et commence à boire. C’est auprès de leur voisin Goujet, un forgeron amoureux d’elle mais qui n’ose le lui avouer, que Gervaise trouve l’argent lui permettant d’ouvrir sa blanchisserie. Elle y acquiert de l’aisance, a plusieurs ouvrières et par un travail acharné elle parvient à nourrir tout son monde. Elle aime faire plaisir, elle invite à manger plutôt que de rembourser ses dettes…
 

L’opulence

Elle organise une grande soirée à l’occasion de la Sainte-Gervaise, dont l’opulence du repas ne manque pas d’agacer les Lorilleux, jaloux.
Tandis que Coupeau boit de plus en plus, Gervaise compense par la nourriture et engraisse.
La situation se détériore encore avec le retour de Lantier. Il réapparaît le soir d’un fameux dîner au cours duquel Gervaise, pour sa fête, sert une oie à ses invités ; c’est le signe d’une réussite. Mais aussi la première étape … de sa chute. Coupeau accepte d’héberger Lantier, moyennant une pension que celui-ci ne paiera jamais.
 

La décadence

Les deux hommes mènent la belle vie, mangeant et buvant tout ce que gagne Gervaise, alors que celle-ci s’épuise à la boutique. Ses dettes augmentent. Elle refuse de partir avec Goujet et, par lâcheté, laisse Lantier redevenir son amant. Gervaise voit son commerce décliner. De déchéance en déchéance, elle doit le vendre et sombre progressivement dans la misère. Elle perd l’estime de Goujet, se bat régulièrement avec Coupeau et, à son tour, commence à boire. Coupeau, pris de crises de délire, fait des séjours à Sainte-Anne. Pour survivre, Gervaise en vient à tenter de se prostituer. Lantier, en bon parasite, s’est installé chez les Poisson, l’épicerie qui a remplacé la boutique de Gervaise.
Gervaise voit mourir Coupeau à Sainte-Anne — les crises de delirium de Coupeau sont un des moments forts du roman. Elle se retrouve pratiquement à la rue, réduite à la mendicité. Elle meurt victime de la faim et de la misère dans un réduit situé sous l’escalier de l’immeuble. Personne ne la voit mourir et c’est l’odeur qui alerte les voisins.


8.

Une Page d’Amour

Une Page d'AmourChez Amazon
 Tome 8 – Paru en 1879
 

Résumé court

 
L’héroïne est Hélène Grandjean, fille d’Ursule Macquart et du chapelier Mouret. À l’âge de dix-sept ans, elle épouse Grandjean avec qui elle a une fille, Jeanne. La fille est maladive et est en proie à des crises régulières. La famille monte à Paris, où Grandjean meurt peu après son arrivée. Veuve d’un homme qu’elle n’a jamais vraiment aimé, Hélène est prise d’une passion violente pour le docteur Deberle. C’est son voisin qui l’a secourue lors d’une des crises de sa fille. Mais cette dernière éprouve pour sa mère une passion non moins violente : elle ne supporte pas de la voir sourire à d’autres enfants ou à d’autres hommes. Le jour où Hélène se donne à Deberle, Jeanne, qui avait tout pressenti, se met à sa fenêtre sous la pluie et contracte ce qu’on appelait alors une phtisie galopante (la tuberculose), dont elle meurt trois semaines plus tard. Par la suite, Hélène épousera un nommé Rambaud, avec qui elle ira vivre à Marseille. Elle retournera tout de même, à la fin du roman, à Paris, où elle ne restera que quelques heures…

9.

Nana

NanaChez Amazon
 Tome 9 – Paru en 1880
 

Résumé court

 
Nana est la fille de Gervaise Macquart, l’héroïne de l’Assommoir. Un roman qui traite de la prostitution féminine à travers le parcours d’une lorette puis cocotte dont les charmes ont affolé les dignitaires du Second Empire. L’histoire commence en 1867, peu avant la deuxième exposition universelle, et dépeint deux catégories sociales symboliques, celle des courtisanes et celle des noceurs. Zola prétend montrer la société telle qu’elle était mais choisit aussi ce sujet scandaleux car il fait vendre. 55’000 exemplaires ont été achetés dès le premier jour de publication. Le personnage de Nana a surtout été inspiré à Zola par Blanche D’Antigny et Berthe, son premier amour. Le romancier y a aussi mis des éléments de Valtesse de La Bigne, Delphine de Lizy, Anna Deslions, Hortense Schneider et Cora Pearl dont il a étudié la vie. Zola fait coïncider la mort de Nana avec le début de la guerre franco-allemande de 1870 qui marquera la fin du Second Empire, chute qu’il ne pouvait pas prévoir au moment de la rédaction de ses fiches préparatoires en 1868.

10.

Pot-Bouille

Pot-BouilleChez Amazon
 Tome 10 – Paru en 1882
 

Résumé court

 
Le héros est Octave Mouret, âgé de 22 ans et d’aspect soigné. Il est logé par les Campardon et devient rapidement l’ennemi de Gasparine, « l’autre madame Campardon ». Arrivant de Plassans pour avoir une situation dans le haut commerce, il a déjà des rentes et de l’argent à placer. Campardon lui trouve un emploi chez les Hédouin qui dirigent « Au Bonheur des Dames », un petit magasin qui n’a alors pas vraiment pignon sur rue. Octave, qui est arrivé avec la ferme idée de conquérir la Parisienne fait déjà son choix parmi les femmes du coin.
Malheureusement ses choix ne sont pas des plus judicieux. Octave a envie de séduire Valérie Vabre, l’épouse de Théophile Vabre, le fils du propriétaire, jugée névrosée et hystérique. Elle se rend souvent à l’église et jette des regards étranges sur tout ce qui l’entoure. Pour Octave, l’échec de cette relation devient évident. Marie Pichon, sa voisine, qui s’ennuie en l’absence de son mari, devient sa maîtresse.
 

Madame Hédouin

Ensuite vient la fameuse Madame Hédouin, prénommée Caroline : elle est belle, sérieuse et juste. Octave, qui l’aide de plus en plus, profite d’une vente du lundi pour essayer de la séduire. L’échec est tellement cuisant qu’Octave, honteux, surtout parce qu’il a été aperçu par Gasparine, décide de quitter le Bonheur des Dames pour aller s’installer chez ses voisins, Berthe et Auguste Vabre, dont le mariage est une mascarade.
Octave, séduit par la « cuisine douteuse » de Berthe, décide de séduire la Parisienne. Et il y réussit. Cela ressemble plus à de la prostitution qu’à une romance. Il va alors en avoir plus qu’assez des femmes. L’histoire se termine par le mariage d’Octave et de Madame Hédouin. En effet, Monsieur Hédouin, malade, est mort. Caroline se rend compte alors qu’elle a besoin d’un homme pour mener ses affaires et propose le mariage à Octave qui, abasourdi, accepte sans grand enthousiasme.
On retrouvera Octave un an plus tard dans Au Bonheur des Dames, roman très centré sur le grand magasin. Dans ce roman, enfin, non seulement Octave a changé après ses frasques, mais le magasin a grandi.
 

Les voisins

On en sait très peu sur la famille habitant au deuxième étage. Ils sont détestés de tous car ils ne « font jamais comme tout le monde ». La seule indication est le métier du mari, écrivain. Il publie un livre révélant les déboires des hommes influents de Paris dont M. Duveyrier (le second propriétaire). Cela ajoute de la haine que les locataires portent à cette famille.
L’une des familles que Zola décrit le plus longuement et avec le plus d’humour est celle des Josserand, où la mère (Éléonore Josserand, mère de Berthe Vabre) règne en tyran. Terrorisant mari, filles et domestiques, son unique ambition est de marier ses filles. Son but est de trouver de bons partis. Pour cela elle entraîne ses filles à « la chasse aux maris », leur expliquant que l’amour est secondaire. Les hommes sont, selon ses dires, nature foncièrement méprisables.


11.

Au Bonheur des Dames

Au Bonheur des DamesChez Amazon
 Tome 11 – Paru en 1883
 

Résumé court

 
À travers une histoire sentimentale, le roman entraîne le lecteur dans le monde des grands magasins, l’une des innovations majeures du Second Empire. La parution du roman se situe au début de la Troisième République, sous la présidence de Jules Grévy. Les travaux haussmanniens du Second Empire ont conduit à une grande transformation de la capitale. Un nouveau système de vente dans le domaine textile naît, favorisé par une concentration importante d’une population bourgeoise. La mise en place de la Troisième République laisse espérer un progrès social dont les bénéficiaires seraient les petits employés.
 

La Jeune Denise

Denise Baudu, jeune fille d’une vingtaine d’années, originaire de Valognes, arrive à Paris avec ses deux petits frères pour travailler dans la boutique de leur oncle. Déjà en difficultés financières, comme tous les petits magasins du quartier, l’oncle ne peut se permettre de l’engager. Denise finit par se diriger vers la cause des malheurs des boutiquiers : le grand magasin « Au Bonheur des Dames ». Denise, malgré sa timidité et sa profonde vertu parvient à se faire engager et à grimper les échelons de ce magasin où règnent tous les vices : l’argent, les tentations, les mesquineries et les duperies de tout genre. Un homme incarne tous ces maux : il s’agit d’Octave Mouret, le propriétaire des lieux. Il a su fructifier avec passion et talent l’héritage de sa défunte femme. Cet homme manipulateur, dur en affaire et immoral finit par s’éprendre de la jeune Denise ce qui va le transformer.


12.

La Joie de Vivre

La Joie de VivreChez Amazon
 Tome 12 – Paru en 1884
 

Résumé court

 
L’action se situe en Normandie, dans un village portuaire appelé Bonneville. Pauline Quenu, fille de Lisa Macquart et du charcutier Quenu, orpheline à l’âge de dix ans, est confiée à des cousins de son père, les Chanteau. Ils se voient confier la fortune de Pauline; ils sont attendris par Pauline et ne veulent pas dilapider sa fortune. Après avoir été assez ambitieuse pour son mari, Mme Chanteau l’est beaucoup pour son fils qui, lui, s’intéresse uniquement à la musique. Les Chanteau se sont associés avec Davoine pour se procurer de l’argent, mais cette association apparaît dès le début comme un échec. Pauline est très appréciée par la famille, surtout par Lazare.
 

La jalousie

Mais Pauline fait apparaître un défaut : la jalousie. Alors que la fille d’une amie décédée de Mme Chanteau, Louise, arrive, et que l’attention de toute la famille, Lazare compris, se porte sur elle, Pauline a une crise de colère contre Mathieu, le chien, qu’elle frappe avec brutalité. Lazare décide, sous l’influence de Pauline, d’entamer des études de médecine, mais il doit quitter le domicile. Pauline, malgré de faibles connaissances en médecine – qu’elle va approfondir –, est intéressée par la matière. Elle a une conception très altruiste de la vie et veut aider les gens. Pauline se montre très dévouée pour M. Chanteau, souvent sujet à de vives douleurs causées par sa maladie, la goutte. Mme Chanteau lui enseigne les connaissances qui seront attendues d’elle dans la société. Pauline s’intéresse à la médecine et au corps humain, malgré le fait que Mme Chanteau refuse de lui révéler certaines choses.
Zola milite ouvertement pour une éducation des jeunes filles qui s’affranchirait des pudibonderies bourgeoises, à travers le personnage de Pauline. Il écrivait d’ailleurs, dans La Tribune, le 29 novembre 1868 : « La vérité purifie tout comme le feu». Il avait aussi pour but, dans son œuvre naturaliste, de déceler et dévoiler la vérité. Il dit ainsi dans sa Lettre à la jeunesse de 1879 que « la vérité n’égare personne ».
 

L’amour

Pauline se révèle être véritablement amoureuse de Lazare. Celui-ci, finalement, veut travailler à la recherche pour la pharmacie dans le domaine des algues. Il entreprend des projets avec un associé grâce à Pauline qui accepte de lui fournir de l’argent à cette fin. Il y a promesse de mariage de Lazare et Pauline. Celle-ci, au début, à chaque fois que Mme Chanteau veut lui demander de l’argent, se fait prévenir et consulter pour les emprunts sur son héritage.
Puis, Mme Chanteau n’hésite plus à emprunter sans consulter. Pauline est économe, voire avare, mais son amour de sa famille l’encourage à une certaine générosité. Saccard, un membre de sa famille qui veut contrôler la conservation de l’héritage de Pauline, annonce sa visite dans la demeure familiale. Mme Chanteau soupçonne un instant Pauline d’avoir demandé cette venue. M. Chanteau est irrité de cette suspicion envers Pauline. La moitié de son héritage est déjà perdu. Le mariage entre Lazare et Pauline est envisagé par Mme Chanteau car elle pense ainsi pouvoir protéger financièrement son fils grâce à l’héritage. Elle justifie aussi cet acte par le fait qu’ils s’aiment manifestement et que Pauline devrait, selon elle, pouvoir recouvrer son argent. Elle considère que son fils a du talent et que l’emprunt souscrit auprès de Pauline sera forcément remboursé. Après son échec quant à son projet pharmaceutique concernant les algues – financé avec une partie de l’héritage, Lazare continue à nourrir de vastes projets. Il veut réaliser des aménagements permettant de faire obstacle aux menaces de la mer pour le village et emprunte à nouveau à Pauline. Celle-ci, malgré sa bonne volonté, voit les sentiments de Mme Chanteau pour elle se détériorer. Elle constate aussi que l’amour de Lazare pour Louise supplante les sentiments qu’il éprouve envers elle.
 

La compassion

Seul le médecin montre une véritable compassion pour Pauline. Véronique, la bonne, malgré son air bourru, exprime sa désapprobation pour les emprunts non remboursables et témoigne un peu de pitié à la jeune orpheline. Pauline contracte à ce moment une maladie qui la fait atrocement souffrir. Lazare se montre très compatissant et passe ses journées à la veiller. Pauline, encore convalescente, encourage Lazare à cesser de s’occuper d’elle et à faire des promenades avec Louise. Pauline surprend Lazare et Louise en train de s’embrasser et chasse alors Louise. Mme Chanteau tombe malade et bascule alors dans une paranoïa envers Pauline, délirant jusqu’à penser que cette dernière veut la tuer. Mme Chanteau meurt au terme d’une pénible agonie, ce qui plonge Lazare dans un profond désarroi.
Héritière d’une fortune considérable, Pauline s’est laissé peu à peu dépouiller d’une grande partie de ses biens par Mme Chanteau et son fils Lazare. Pourtant elle ne perd pas son amour envers eux. Elle conserve jusqu’au bout la joie de vivre qui donne son titre à l’ouvrage.
Le cadre de l’ouvrage est aussi la mer qui menace constamment les habitats côtiers. Tout devrait conduire Pauline au pessimisme : elle aide les pauvres, qui la remercient en la volant. Elle déborde d’affection pour sa tutrice, qui lui dérobe une partie de son héritage et se met à la haïr. Amoureuse de Lazare, celui-ci lui préfère Louise, son amie et sa rivale. Au milieu des épreuves, elle ne perd jamais confiance et elle accepte même d’élever Paul,… fils de Louise et de Lazare, pour qui elle dépensera les derniers sous de sa fortune dilapidée.
Les personnages de Lazare et de Pauline semblent correspondre aux composantes de la personnalité de Zola, car il écrit ce livre au moment du décès de sa mère. Une perte qui l’a plongé dans une crise de pessimisme. Il conserve pendant cette épreuve une conception assez optimiste de la vie, comme Pauline.


13.

Germinal

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 Tome 13 – Paru en 1885
 

Résumé court

 
Fils de Gervaise Macquart et de son amant Auguste Lantier, le jeune Étienne Lantier s’est fait renvoyer de son travail pour avoir donné une gifle à son employeur. Chômeur, il part dans le Nord de la France à la recherche d’un nouvel emploi. Il se fait embaucher aux mines de Montsou et connaît des conditions de travail effroyables. Il trouve à se loger dans une famille de mineurs, les Maheu, et tombe amoureux de l’une des filles, la jeune Catherine. Celle-ci est la maîtresse d’un ouvrier brutal, Chaval, et bien qu’elle ne soit pas insensible à Étienne, elle se refuse à passer d’amant en amant.
Lorsque la Compagnie des Mines, arguant de la crise économique, décrète une baisse de salaire, Lantier pousse les mineurs à la grève. Il parvient à vaincre leur résignation et à leur faire partager son rêve d’une société plus juste et plus égalitaire.
 

La grève

Lorsque la grève éclate, la Compagnie des Mines adopte une position très dure et refuse toute négociation. Affamés par des semaines de lutte, les mineurs durcissent leur mouvement. Les soldats rétablissent l’ordre, mais la grève continue. Lors d’un mouvement de rébellion, de nombreux mineurs défient les soldats. Les soldats se mettent à tirer sur les manifestants. Maheu, l’ouvrier chez qui Étienne avait pris pension, est tué en premier par les soldats.
Les mineurs se résignent à reprendre le travail. C’est alors que Souvarine, un ouvrier anarchiste, sabote la mine. De nombreux mineurs meurent dans l’effondrement des galeries. Étienne, Catherine et Chaval, son amant, sont bloqués dans la mine. Chaval provoque Étienne, qui le tue. Il devient enfin l’amant de Catherine, qui meurt dans ses bras avant l’arrivée des sauveteurs. Étienne sort vivant de cet enfer.
 

L’organisation syndicale

Il repart pour vivre à Paris où il veut consacrer ses efforts à l’organisation syndicale et politique des ouvriers pour améliorer leur condition. Il est persuadé que les ouvriers vaincront un jour l’injustice. Malgré leur retour au travail, les ouvriers sont, eux aussi, conscients de l’injustice de la situation et de leur victoire prochaine.


14.

L’Oeuvre

L'OeuvreChez Amazon
 Tome 14 – Paru en 1886
 

Résumé court

 
Claude Lantier est le fils de Gervaise Macquart et d’Auguste Lantier (voir L’Assommoir, roman où l’on apprend qu’il a été amené à l’âge de huit ans à Plassans par un vieux monsieur séduit par la qualité de ses dessins). Il apparaît aussi dans Le Ventre de Paris. Il est ici l’ami d’enfance du romancier Sandoz, personnage dans lequel Zola a mis beaucoup de lui-même. Avec Sandoz et d’autres peintres ou sculpteurs, Claude combat pour imposer une nouvelle forme de peinture, bien éloignée des canons néo-classiques qui ont la faveur des expositions officielles. Si certains d’entre eux réussissent finalement à s’imposer, Lantier va pour sa part d’échec en échec, demeurant incompris du public et souvent de ses propres amis.
 

De l’amour

Le roman est aussi une histoire d’amour et d’amitié. Claude Lantier a rencontré un soir de pluie, sous le porche de son immeuble, une jeune femme prénommée Christine, avec qui il partagera sa vie et ses échecs. Ils vont habiter à la campagne, où Claude trouve d’abord le soulagement. Ils ont un enfant, mais celui-ci, hydrocéphale, mourra à l’âge de douze ans. Entre-temps, le couple est revenu vivre à Paris, où Claude retrouve à la fois ses amis et le sentiment de son échec. Il finit par se détacher de sa femme pour passer son temps dans un grand hangar où il a entrepris une œuvre gigantesque, une toile qu’il laissera inachevée et devant laquelle il se pendra.


15.

La Terre

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 Tome 15 – Paru en 1887
 

Résumé court

 
L’action se situe à Rognes, un village de la Beauce. Le héros du roman est Jean Macquart, fils d’Antoine Macquart et de Joséphine Gavaudan, l’un des rares membres de la branche Macquart indemne de toute tare. Il apparaît déjà dans La Fortune des Rougon, où il apprend le métier de menuisier. Après avoir quitté Plassans, sa ville natale, il est tiré au sort en 1852 et participe aux campagnes militaires du Second Empire. Blessé en Italie, il reprend son métier de menuisier puis s’embauche comme ouvrier agricole à Rognes. Il y restera dix ans. Jean Macquart sera ensuite le héros de La Débâcle et on le retrouve encore dans le dernier roman du cycle, Le Docteur Pascal.
 

Horreur et tragédie

L’histoire, atroce, se déroule au sein de la famille Fouan. Le vieux Louis Fouan, dit le père Fouan, décide à l’âge de 70 ans de partager ses biens entre ses trois enfants : Hyacinthe, dit Jésus-Christ, Fanny, mariée, et Buteau, à charge pour eux de l’héberger, de le nourrir et de lui donner deux cents francs de rente chacun.
Ils s’acquittent très mal de leur tâche, notamment Buteau, qui le dépossède peu à peu de sa maigre fortune. Buteau a deux cousines, les sœurs Mouche. Il a fait un enfant à la première, Lise, qu’il a épousée trois ans plus tard. Quant à la seconde, Françoise, il la poursuit de ses avances avec tant d’insistance qu’elle se rapproche de Jean Macquart et finit par l’épouser. Ce mariage inquiète beaucoup Buteau et Lise, qui redoutent de voir une partie de l’héritage familial passer dans d’autres mains. Lorsqu’ils apprennent que Françoise est enceinte, ils décident de la faire avorter. Buteau viole Françoise avec l’aide de Lise, puis celle-ci pousse sa sœur sur une faux. Grièvement blessée, Françoise meurt. Le père Fouan, qui a assisté à la scène, est ensuite brûlé par les deux meurtriers, alors qu’il dormait chez eux. Quant à Jean Macquart, redevenu aussi pauvre qu’à son arrivée au village, et après hésitations, renonçant aux poursuites contre les Buteau, il quitte Rognes et s’engage à nouveau dans l’armée.


16.

Le Rêve

Le RêveChez Amazon
 Tome 16 – Paru en 1888
 

Résumé court

 
L’histoire se déroule dans le Val-d’Oise, dans une ville appelée Beaumont-sur-Oise. La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu. Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs. Les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie.
 

Amour et jalousie

Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien. Il est peintre verrier, elle l’identifie à Saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion. Même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme et devenu évêque. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.


17.

La Bête Humaine

La Bête HumaineChez Amazon
 Tome 17 – Paru en 1890
 

Résumé court

 
L’histoire évoque le monde du chemin de fer et se déroule tout au long de la ligne Paris-Saint-Lazare–Le Havre. À l’époque de l’écriture du roman, la maison d’Émile Zola se trouve à Médan, qui donne sur la voie de chemin de fer. Entre les deux gares, décrites avec une grande précision, les héros ne cessent d’osciller, dans un trajet pendulaire, jouets des passions qui les dominent. De grands drames arriveront à mi-chemin du parcours, au croisement des destins, dans un tunnel, et au carrefour de la Croix-de-Maufras.
On a coutume de dire que cette histoire comporte deux héros : d’une part, le mécanicien Jacques Lantier et, de l’autre, sa locomotive, la Lison, que Lantier aime plus qu’une femme.
 

Un thriller avant l’heure

Outre son aspect documentaire, La Bête humaine est un roman noir. C’est une sorte de thriller qui a choqué les contemporains de Zola. On ne décompte pas moins de deux viols, plusieurs meurtres, deux suicides et deux catastrophes, dont beaucoup sont inspirés de faits réels.
C’est aussi un roman sur l’hérédité, comme tout le cycle des Rougon-Macquart. Jacques souffrant d’une folie homicide que Zola rattache à l’alcoolisme des Macquart. Il est en effet le fils de Gervaise Macquart et d’Auguste Lantier (voir L’Assommoir). Il éprouve depuis l’enfance des douleurs qui lui traversent le crâne. Ces douleurs continuent à la puberté, s’accompagnant de pulsions meurtrières auxquelles il n’arrivera jamais à échapper vraiment. Le désir physique d’une femme s’accompagne chez lui d’un irrésistible besoin de la tuer. Sur le point de posséder sa cousine Flore, il préfère fuir, car il s’apprêtait à la tuer. Plus tard, il parvient néanmoins à devenir l’amant de Séverine Roubaud et se croit guéri. Mais un jour, la bête reprend le dessus sur lui et il finit par massacrer sa maîtresse.
Le roman fourmille d’intrigues et de personnages secondaires, entremêlés, se déchirant les uns les autres. Zola se défend pourtant d’utiliser les recettes des feuilletonistes de son époque, auxquels il s’opposait. Dans l’adaptation cinématographique qui en sera faite par Renoir, l’intrigue sera fortement épurée, voire partiellement réécrite. La Bête humaine est un roman à charge sur la période de décadence bien caractéristique de la fin du Second Empire, aboutissement voulu du cycle des Rougon-Macquart.


18.

L’Argent

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 Tome 18 – Paru en 1891
 

Résumé court

 
Le héros est Aristide Saccard, frère du ministre Eugène Rougon. On l’avait déjà vu amasser une fortune colossale dans La Curée. Après une succession de mauvaises affaires, il doit repartir de zéro, mais son ambition est demeurée intacte. Il vend sa luxueuse propriété du parc Monceau afin de régler ses créanciers, puis loue deux étages d’un hôtel où il installe la Banque Universelle. Celle-ci est destinée à financer des projets de mise en valeur du Moyen-Orient. Tout est fait pour attirer petits et moyens épargnants, auxquels on promet des gains faciles et rapides. Les communiqués et articles de presse, et les rumeurs savamment dosées font s’envoler les titres de la société. Saccard se retrouve à nouveau au sommet de la gloire et de la puissance construites sur du sable, car il ne cesse d’acheter ses propres actions.

19.

La Débâcle

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 Tome 19 – Paru en 1892
 

Résumé court

 
Jean Macquart, déjà personnage principal de La Terre, a repris du service dans l’armée. Incorporé dans le 106ème de ligne, il est caporal. Ses hommes le respectent pour son bon sens, son dévouement et sa saine conception de l’autorité. Il assiste impuissant à l’effondrement de l’Empire et à la déroute de ses armées. Zola attribue l’incompétence de l’état-major, le manque de préparation des troupes et le rôle néfaste joué par l’impératrice Eugénie auprès de Napoléon III.
C’est aussi l’histoire d’une amitié qui finira en drame entre Jean Macquart et l’un de ses soldats, l’intellectuel Maurice Levasseur. Le premier veut une France où règnent l’ordre et la sagesse, le second souhaite mettre fin aux injustices et rêve de révolution. Ces divergences idéologiques ne les empêchent pas de s’aimer et de se respecter, chacun sauvant la vie de l’autre. Une fois la guerre finie, tous deux participent à la Commune, mais dans des camps différents. Lors de la Semaine sanglante, le versaillais Macquart blesse mortellement d’un coup de baïonnette un communard. Il s’aperçoit par la suite que c’est Levasseur. Jean Macquart, qui était sur le point d’épouser Henriette, sœur de Levasseur, quittera Paris et l’armée. On le retrouve ensuite dans Le Docteur Pascal, vivant en Provence et marié à une paysanne du nom de Mélanie Vial.
 

De l’espoir

Un peu comme dans Germinal, le roman se termine par une note d’espoir. Alors que Paris brûle et que Jean vient de perdre à la fois son meilleur ami et la jeune femme qu’il aimait, il a la sensation d’une aurore qui se lève, après la chute de la branche pourrie qui constituait l’Empire.
« C’était le rajeunissement certain de l’éternelle nature, de l’éternelle humanité. Le renouveau promis à qui espère et travaille, l’arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles… Et Jean, le plus humble et le plus douloureux, s’en alla, marchant à l’avenir, à la grande et rude besogne de toute une France à refaire. »


20.

Le Docteur Pascal

Le Docteur PascalChez Amazon
 Tome 20 – Paru en 1893
 

Résumé court

 
Pascal Rougon a cinquante-neuf ans quand commence le récit. Il vit à Plassans, dans une propriété appelée La Souleiade, où il poursuit depuis trente ans un travail sur l’hérédité comprenant comme champ d’étude sa propre famille. Il a accumulé sur chaque membre des Rougon-Macquart des dossiers que sa mère aimerait détruire,… ils pourraient compromettre la gloire future de la famille ! Elle a réussi à convaincre Martine, la servante de Pascal, et Clotilde, la nièce que Pascal héberge depuis qu’elle a sept ans, de l’aider dans ce projet de destruction. Elle mise sur leur dévotion et leur souci de sauver l’âme de leur maître. Cependant, Pascal réussit à empêcher l’accès à l’armoire qui contient les fameux documents. La première partie du livre est le récit de cette lutte acharnée entre Pascal, qui représente la culture et le progrès scientifique, et les trois femmes, qui symbolisent l’obscurantisme. Une scène marquante est celle de la nuit où Clotilde, profitant du sommeil de son oncle, dérobe la clef et ouvre l’armoire. Pascal parvient à l’empêcher à temps de détruire ses documents et décide alors de lui révéler la terrible généalogie de leur famille. Presque tous les membres sont frappés par une destin tragique. De plus, on apprend à la fin du volume que Clotilde a été arrachée à son milieu « naturel » par le docteur Pascal, qui voulait tester sur elle ses hypothèses sur l’hérédité, en la faisant se développer dans un milieu de « bonté et d’amour ». Elle est donc, dans une certaine mesure, la « chose » de Pascal, comme elle dit elle-même dans l’avant-dernier chapitre.
 

Généalogie des Rougon-Macquart

Arbre généalogique des Rougon-Macquart annoté. Cet arbre est le dernier réalisé par Émile Zola. Il fait partie des dossiers préparatoires pour le roman Le Docteur Pascal.
Peu après, Pascal, épuisé par cette lutte incessante à l’intérieur de son foyer, tombe gravement malade. Il se persuade alors qu’il est rattrapé par son hérédité et se croit au plus mal. Il est soigné par Clotilde, qui se détourne peu à peu de la religion pour prendre le parti de son oncle. Pascal est finalement guéri et se rend compte de la passion violente qu’il éprouve pour sa nièce. Il tente de la conjurer en cherchant à faire épouser Clotilde par un confrère médecin. Celle-ci décline l’offre de mariage et déclare son amour à Pascal. La nuit de cette annonce, Pascal déflore sa nièce. La seconde partie du roman est l’histoire de cet amour incestueux, marqué par un bonheur absolu mais aussi par la douleur de la séparation. Un an après le début de leur relation, Pascal est victime de la faillite frauduleuse de son notaire. Acculé progressivement à la plus grande pauvreté, Pascal doit se résoudre à se séparer de Clotilde. Il y est poussé par sa mère, soucieuse du scandale grandissant et pensant resserrer ainsi son étau autour de Pascal et de ses documents. Pascal envoie Clotilde à Paris où elle doit soigner son frère Maxime, atteint d’ataxie. Resté seul avec la servante, Pascal est rongé par le chagrin, il meurt deux mois plus tard d’une sclérose du cœur. Avant de mourir et alors qu’il vient d’apprendre que Clotilde porte un enfant de lui, il appelle celle-ci à son chevet mais elle arrive deux heures après sa mort.
 

La vie et la nature

Elle ne peut empêcher la destruction des documents du docteur, brûlés par Félicité et Martine. Seul l’arbre généalogique établi par celui-ci échappe à l’autodafé.
Le roman se termine par la naissance de l’enfant et par un hymne à la vie : « Et, dans le tiède silence, dans la paix solitaire de la salle de travail, Clotilde souriait à l’enfant qui tétait toujours, son petit bras en l’air, tout droit, tout dressé comme un drapeau d’appel à la vie. » Cette conclusion montre que l’auteur tend à s’écarter d’une foi infaillible dans les progrès de la science. Il accepte le mouvement de la vie et de la nature toutes puissantes.

4.75/5 (4)

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